Tradition

La Fête des Morts en Sicile : la Frutta Martorana et les Douceurs du 2 Novembre

La tradition automnale la plus vivante de l'île, les douceurs qui la racontent et les ingrédients de la pâte d'amande sicilienne.

Bottega Pistho 09/09/2026 3 min 34
La Fête des Morts en Sicile : la Frutta Martorana et les Douceurs du 2 Novembre
En bref

En Sicile, le 2 novembre n'est pas un jour de deuil. C'est une fête, et pendant des générations elle a appartenu aux enfants : dans la nuit du premier au deux, les défunts laissent des douceurs et…

En Sicile, le 2 novembre n'est pas un jour de deuil. C'est une fête, et pendant des générations elle a appartenu aux enfants : dans la nuit du premier au deux, les défunts laissent des douceurs et des cadeaux cachés dans la maison, et au matin les petits les cherchent sur les armoires et sous les lits. Bien avant l'arrivée d'Halloween, la Sicile avait déjà sa fête d'automne — et la célébrait à table.

La douceur qui résume tout : la frutta martorana

Ce sont de petits fruits en pâte d'amande, modelés et peints à la main jusqu'à devenir impossibles à distinguer de vraies pêches, figues, oranges et grenades. Le nom vient du couvent de la Martorana à Palerme, et la légende raconte que les religieuses décorèrent les arbres nus de leur jardin avec des fruits factices pour la visite de Charles Quint en 1537.

Au-delà de la légende, ce qui est établi c'est que la frutta martorana figure parmi les produits agroalimentaires traditionnels italiens, et qu'elle est l'une des rares douceurs à unir toute l'île : de Palerme à Messine, d'Agrigente à Trapani, les vitrines d'octobre se remplissent de paniers colorés.

Les autres douceurs du 2 novembre

Les traditions changent d'une province à l'autre, mais la martorana est partout.

Ce qu'il y a dans la pâte d'amande

La base est plus simple qu'il n'y paraît : amandes finement moulues, sucre et eau de fleur d'oranger. Dans les versions anciennes, le miel remplaçait le sucre, et c'est lui qui donnait à la pâte sa souplesse et son arrière-goût floral.

L'eau de fleur d'oranger est l'ingrédient que personne ne saute, et elle explique le nom sicilien de cette fleur : zagara, de l'arabe zahra. La même fleur dont les abeilles tirent le miel de fleur d'oranger — raison pour laquelle ce miel traverse toute la pâtisserie sicilienne.

La faire chez soi : à quoi s'attendre

La recette est courte, le travail non. La pâte s'obtient en mélangeant poudre d'amande et sucre avec très peu d'eau de fleur d'oranger, jusqu'à une consistance qui tient sans coller. Ensuite on modèle à la main, fruit par fruit.

Vient alors la partie décourageante : les fruits doivent sécher au moins une journée avant d'être peints au colorant alimentaire, et après la peinture il faut un second séchage complet avant le lustrage. Entre la pâte et le produit fini, deux jours passent facilement.

Qui veut le goût sans la sculpture dispose d'un raccourci honnête : la même base, étalée et coupée en losanges, ou enroulée autour d'une amande entière. Le goût est identique, le travail dix fois moindre.

Pourquoi cette fête tient encore

Halloween a plus de visibilité, mais la fête des morts sicilienne persiste parce qu'elle fait autre chose : elle ne joue pas avec la peur, elle la désamorce. Des grands-parents qui, une fois disparus, continuent de cacher des cadeaux pour leurs petits-enfants, c'est une façon de raconter la mort aux enfants qui ne les effraie pas et ne les coupe pas de la famille.

C'est aussi pourquoi les douceurs de cette date sont les plus colorées de l'année. Ce n'est pas une contradiction : c'est le propos.

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