Sur un pot de miel, le mot « bio » a un sens précis, vérifiable et sanctionnable. Sur une crème visage, non. C'est une différence que presque personne ne connaît, et elle change complètement la façon de lire une étiquette cosmétique.
Deux mondes, deux règles
Pour les aliments, il existe une réglementation européenne du bio : elle définit ce qui est permis au champ, impose des contrôles réguliers et attribue un code à l'organisme qui vérifie. Le code figurant sur nos produits alimentaires, IT BIO 006, vient de là et se remonte jusqu'à l'opérateur.
Pour les cosmétiques, cette réglementation n'existe pas. Le règlement européen sur les produits cosmétiques encadre la sécurité, les ingrédients autorisés, l'étiquetage et la responsabilité, mais il n'établit pas ce qui peut se dire « bio » ou « naturel ». Ces deux mots, seuls, ne sont garantis par aucune loi.
Que veut dire alors « naturel » sur une crème
En pratique, beaucoup de choses différentes, toutes légitimes puisque aucune n'est interdite. Un produit contenant 2 % d'extrait végétal et 98 % d'ingrédients de synthèse peut se dire naturel sans enfreindre quoi que ce soit. Idem pour les images de fleurs, les emballages verts et les mots comme « pure ».
Cela ne signifie pas que tout le monde ment. Cela signifie que le mot seul ne dit rien, et qu'il faut une autre source pour distinguer.
À quoi servent les certifications privées
Justement parce que la loi se tait, des standards privés avec leurs propres cahiers des charges sont apparus. ICEA en fait partie, aux côtés d'autres reconnus en Europe. Un organisme certificateur fait ce que la loi n'impose pas : il fixe une part minimale d'ingrédients d'origine naturelle, interdit certaines catégories de substances, vérifie la filière et répète les contrôles dans le temps.
Ce n'est pas une garantie absolue, et tous les standards n'exigent pas la même chose. Mais c'est la différence entre un mot choisi par le vendeur et une vérification faite par un tiers — et cette différence est substantielle.
L'INCI : c'est là qu'est l'information
La seule liste réellement réglementée sur un emballage cosmétique est l'INCI, la liste des ingrédients en nomenclature internationale. Elle est obligatoire, standardisée dans toute l'Union européenne, et classée par quantité décroissante jusqu'à 1 %.
- Les trois premiers noms comptent plus que tout le reste. Si le premier est aqua, comme presque toujours dans les crèmes, regardez ce qui suit immédiatement.
- Les noms en latin sont des ingrédients végétaux sous forme botanique : olea europaea est l'olivier, prunus amygdalus dulcis l'amande douce.
- Les noms en anglais sont en général des substances de synthèse ou des dérivés. Ce n'est pas un défaut en soi — beaucoup de conservateurs sont nécessaires et sûrs — mais il est utile de savoir où l'on est.
- Un ingrédient affiché en grand sur le devant et placé en fin d'INCI n'est présent qu'à l'état de traces. Cela arrive souvent avec les extraits les plus évocateurs.
Le cas des produits de la ruche
Miel, cire d'abeille, propolis et gelée royale figurent dans la cosmétique naturelle depuis des siècles, et l'INCI leur donne des noms précis : mel, cera alba, propolis, royal jelly. Ils sont d'origine animale, donc non végans, ce qu'il est utile de savoir si c'est un critère pour vous.
Ils sont aussi un bon test de tout ce qui précède : vérifier leur position dans l'INCI indique s'ils sont vraiment le cœur de la formule ou seulement le thème de l'emballage.
En résumé
En cosmétique, le mot « bio » n'est pas protégé comme dans l'alimentaire. Ce que vous pouvez vérifier, c'est la présence d'une certification avec un cahier des charges public et un organisme tiers, et votre propre lecture de l'INCI. Tout le reste est de la communication : légitime, mais pas une garantie.